L'éducation à l'image

Catherine De Grissac

L'éducation à l'image

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Catherine de Grissac est de celles qui croient en l’éducation à l’image, et au pouvoir de ces images. Des images pour dire tous ses combats : féministe, écologiste ; militant contre le racisme, accueillant les réfugiés pendant la guerre d’ex-Yougoslavie, défendant les salles de cinéma de proximité contre les complexes privés…
On lui doit, avec Bernard Vrignon, le très beau portrait Francis Jeanson, itinéraire d’un intellectuel engagé. Un film sorti en 2011 au bout d’une longue bataille pour sa réalisation et sa production, mais au final un document précieux, qui explore bien des facettes de cet homme engagé lui aussi dans de multiples combats…

Ce jour-là, Catherine de Grissac n’avait pas la caméra en main, mais juste un peu de temps…

Catherine, le déclic du cinéma ?

Sans doute très jeune. Ma famille a habité au-dessus d’une salle de cinéma et l’été nous entendions le son des films, sans les images… et puis mon premier souvenir de spectatrice, les images de Crin-Blanc, d’Albert Lamorisse.

Mais plus que le cinéma, c’est l’image qui me motive d’abord. Très tôt, je me mets à la photo, j’apprends à les développer, je fais des diaporamas… Je me forme à la vidéo, au montage, à la prise de son et je deviens membre de l’association Ciné Femmes, qui a organisé longtemps un festival de films de femmes à Nantes. À 40 ans, on m’offre une caméra, dont je m’empare avec passion. Quelques années plus tard, j’abandonne mon métier d’éducatrice pour me lancer dans la réalisation, l’animation d’ateliers de création, l’éducation à l’image. Et ma 51e année verra mon premier film professionnel, j’ai pris mon temps !

Tu as trouvé autant de sens dans ce métier que dans celui d’éducatrice, pour lequel tu t’es aussi beaucoup mobilisée ?

Pour moi, image rime avec partage. Faire une image seule n’a pas de sens, regarder une image seule n’en a guère non plus. Seul le partage des regards sur la fabrication, la création, l’analyse donne du sens et fait lien. Alors je programme autant que je peux pour partager mes coups de cœur (participation à la commission de programmation du Cinématographe à Nantes et du Forum du film documentaire d’intervention sociale de Rezé)… et je fréquente les salles, les festivals, etc.

Tu as à cœur cette idée de transmission ?

Autant la transmission peut me sembler une « usine à gaz » à laquelle je ne crois pas beaucoup, autant je crois au partage d’expériences, aux croisements générationnels, aux dialogues. La transmission est trop unilatérale, il y a ceux qui savent et ceux qui écoutent. L’école basée uniquement sur la transmission est un échec, à mon sens.
En ce qui me concerne et de ma place, je parlerai d’ouvrir des portes – libre à ceux à qui je m’adresse de les passer ou de rester de l’autre côté. À moi aussi de franchir ou pas les portes que l’on m’ouvre.

Je t’ai connue militant pour toutes sortes de causes, avec en premier lieu celle des femmes ?

J’essaie, de ma place, à mon niveau, de toujours me battre contre les injustices (ou du moins ce qui me paraît injuste), la médiocrité des élus, l’indifférence des gens, l’égocentrisme de notre société. Tous mes combats ont un lien et je ne suis pas que féministe, pas que de gauche, pas que privilégiée, pas que réalisatrice, pas que passionnée de cinéma, pas que… je suis tout cela et encore plein d’autres choses.

Si nous nous retrouvions autour d’une bonne table, tu me conseillerais un film ?

Ah oui, après quelques verres de bon vin (plutôt rouge), je parlerais des derniers films vus que j’ai envie de proposer aux regards et aux réflexions des autres. Ah oui, ça, c’est une vraie passion, découvrir et ensuite partager ces découvertes. Je dirais même que c’est ma passion première. Et puis, bien évidemment, je parlerais du dernier livre lu, en buvant le dernier verre ; celui que j’ai acheté au hasard parce que le titre me plaisait, parce que la couverture est belle et peut-être aussi parce que écrit par une femme.
En ce moment, ce serait La Saison de l’ombre de Léonora Miano, fabuleux récit sur l’esclavage, qui donne la parole aux peuples de la brousse qui ont subi les conséquences (en Afrique) de la traite négrière, et à ceux qui ont tenté de résister, mais dont on ne parle jamais.

Tu me confierais un projet à venir ?

Je te causerai de ce projet encore à un stade embryonnaire sur une expérience associative de regroupement de producteurs agricoles, qui a plus de vingt ans. Je voudrais montrer la passion des plus anciens, qui ont créé ce lieu et cette synergie, mais aussi la passion de tous ces jeunes paysans qui s’installent et qui prennent le relais avec tant de ténacité et de volonté. Ce projet de film sera collectif, et se fera sans doute dans la durée, autour de bonnes tablées bien garnies.

Mais surtout je risque d’être intarissable sur l’engagement que je partage avec tous ces « fondus » de cinéma, qui se battent à travers des associations pour maintenir un cinéma de proximité, de convivialité, d’indépendance, de prises de risques, face à la concurrence féroce libérale – et ravageuse pour l’art cinématographique – des grands circuits et de certains privés. Un cinéma où celui qui vient n’est pas un client, ni un consommateur, mais un spectateur.

Ma priorité est l’éducation à l’image dans ce monde où l’image est omniprésente et dévore notre conscience citoyenne. Je pars du principe qu’une image, même une photo, ment toujours, ne serait-ce que par omission, et qu’elle est une mise en scène de la réalité. Il est donc essentiel de nous éduquer à lire les images, comme on nous a appris à lire et à compter. Je n’en démords pas !

  • La Saison de l’ombre, de Léonora Miano

FILMOGRAPHIE

  • 1995 La rue métissée
    de François Gahier - (assistante de réalisation) - une commande de l’ACENER dans le cadre de la manifestation Tissé Métisse à Nantes.
  • 1996 Raconte-moi la paix
    Une commande de l’association Enfants Réfugiés du Monde dans le cadre de la mise en place d’une bibliothèque au Cambodge.
  • 1999 Madeleine Rollinat, moments choisis
    Une commande du Conseil Général 44 dans le cadre d’une exposition à la Garenne Lemot à Clisson.
  • 1999 Le voyage exploratoire
    co-réalisation avec François Gahier – une production pois chiche films.
  • 2000 Les oiseaux à ... marée noire
    Une Production de la L.P.O.
  • 2001 Ne dîtes pas à ma mère que je suis maçonne...elle me croit secrétaire.
    Une commande de l’UR-CIDF
  • 2002 Jean-René Chauvin trotskyste indépendant
    Production Plan Large
  • 2003 Territoires
    Production Plan Large
  • 2004 Faire le bonheur des gens
    Production Plan Large
  • 2006 Jeunes urbains sensibles
    de F. Bouard (assistante) production Plan Large
  • 2007 Les enfants du cinématographe
    Une co-production Plan Large Télénantes
  • 2007 L’avortement
    Une co-réalisation avec Françoise Bouard – Une commande du Mouvement Français Pour le Planning Familial
  • 2010 Une tour, de l’amiante, un combat
    Une co-production Plan Large, Télénantes et l’association Documentaire Tripode
  • 2011Francis Jeanson, itinéraire d’un intellectuel engagé
    Une co-réalisation avec Bernard Vrignon - une co-production : Point du Jour (Paris) films de Balibari (Nantes) France Télévision et APDFJ (Association Pour un Documentaire Francis Jeanson)
  • 2012 Violences au sein du couple
    Eléments de réponse en Loire-Atlantique. Une co-réalisation avec Françoise Bouard - une commande de la Mission Départementale aux Droits des Femmes et à l’Égalité – DDCS de Loire-Atlantique
Francis Jeanson, itinéraire d'un intellectuel engagé

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