Caribéens

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Peuple caribéen
Peuple caribéen - Unité géographique, diversité politique

Pour parler des peuples caribéens il nous faut nous pencher avec attention sur un planisphère. Au-delà des îlots plantés de cocotiers, c'est d'un bassin beaucoup plus vaste qu'il s'agit, avec des terres continentales, des archipels, des populations aux disparités énormes. Mais, en héritage commun, une longue histoire pétrie de déplacements, brassages, métissages, façonnée par la colonisation puis re-dessinée au fil des pages de la décolonisation.

Creuset de langues, berceau de la créolisation, c'est un vivier d'imaginaires puissants que nous vous invitons à survoler.

Commençons tout d'abord par citer Malik Duranty, sociologue et poète martiniquais :

La diversité des Caraïbes est un concept polysémique manifeste de langues et de langages singuliers, de couleurs et de senteurs vivaces sans oublier ou dénier… Il y a une biodiversité terrestre et marine et mythique et mystique… Il y a là une diversité humaine créée de toute pièce par l’histoire, qui terrorise la mémoire de certains et théorise la résilience pour d’autres.

Un bassin caribéen

Les Caraïbes, que l'anglophone désignera par West Indies, sont avant tout les terres baignées par la mer des Caraïbes. Cet ensemble compte aujourd'hui 38 états pour 250 millions d'habitants.
A savoir, un vaste bassin bordé au nord et à l'est par l'arc antilllais, qui regroupe les Grandes Antilles et les petites Antilles. A l'ouest, c'est la péninsule du Yucatán et la façade maritime de l'Amérique centrale; et au sud les plaines côtières de Colombie, du Vénézuela et les Guyanes qui ferment le bassin.
Revenons à l'arc antillais : d'ouest en est, Cuba l'hispanophone teintée d'influences africaines; la Jamaïque anglophone; Haïti, première île à se libérer du jougs français et la République dominicaine hispanophone, et Puerto-Rico, longtemps territoire des Etats-Unis, sont désignées comme Grandes Antilles.
Enfin, du nord au sud, sur la façade orientale du bassin caribéen, s'égrènent les Petites Antilles. Nous n'en citons ici qu'une partie, qui reflète leur diversité : Barbuda et Antigua ex-colonies britanniques, Montserrat peuplée de descendants d'Irlandais; la Guadeloupe, la Dominique et la Martinique, parmi nos ex-colonies, longtemps Départements d'Outre-mer, aujourd'hui régions françaises; Tobago et Trinidad aujourd'hui républiques au sein du Commonwealth; et Curaçao, ex-possession néerlandaise, état autonome au sein du royaume des Pays-Bas.

Premiers peuplements et colonisation

Toutes ces terres furent initialement abordées par des Amérindiens, les Karib, ou Kalinagos, venus des côtes du Vénézuela, vers la fin du IXème siècle. Se désignant eux-mêmes par le terme d'Arawak, ils ne résisteront pas aux conquistadors espagnols, et seront décimés dans les années 1510-1520 ( Colomb découvrit Cuba en 1492 ).
La période esclavagiste et les traites négrières vont s'étendre sur plus de trois siècles, mettant en confrontation deux mondes qui s'affrontent, deux logiques inconciliables, et donnant pourtant naissance à un monde créole qui résiste et perdure.
Toutes ces populations ont en commun d'avoir été colonisées dans le sillage de Christophe Colomb et autres explorateurs avides. Ces derniers comprirent vite les richesses que recélaient ces territoires, et la phase d'exploitation, voire de pillage des ressources, entraîna toute la période esclavagiste, qui prendra fin à partir de 1793 pour les plus précoces, au prix de multiples vies sacrifiées.
De multiples vagues d'immigration successives viendront un peu plus diversifier les populations déjà métissées, mêlant influences amérindiennes, européennes, africaines... à plus tard, des apports indiens, asiatiques, comme les Hmong de Guyane.

La créolisation

Le phénomène de la créolisation des langues et cultures est né au sein de ces vagues de peuplements et de brassages. Le principe en est le plus souvent la transformation des langues des colonisateurs, avec l'apport des langues maternelles des colonisés ou esclaves, qui en bouleversent la phonétique, la sémantique, la syntaxe. Le grand penseur de la Caraïbe, Edouard Glissant, a pour sa part étendu ce principe de créolisation à tout «l'imprévisible, aux apports inédits qui ont permis dans cette région de forger des identités culturelles toujours en mouvement»... Glissant nous explique la différence entre créolisation et métissage : “La créolisation exige que les élements hétérogènes mis en relation “s’intervalorisent”, c’est-à-dire qu’il n’y ait pas de dégradation ou de diminution de l’être, soit de l’intérieur, soit de l’extérieur, dans ce contact et dans ce mélange. Et pourquoi la créolisation et pas le métissage? Parce que la créolisation est imprévisible, alors que l’on pourrait calculer les effets d’un métissage.”

Les soubresauts de la décolonisation viendront agiter toute cette région caribéenne, avec des intensités différentes suivant les territoires. Outre Glisssant, beaucoup d’autres d’écrivains ont apporté leurs regards singuliers sur cette période de décolonisation: Aimé Césaire et Frantz Fanon en Martinique, Leon-Gontran Damas en Guyane, Jacques Stephen Alexis et Jacques Roumain en Haïti ...

Et côté cinéma ?

Et côté cinéma ?

Les films caribéens sont par essence souvent insulaires, soumis à la difficulté d'exister sur les écrans nationaux, et posent avec acuité la question de la formation de leurs auteurs. Si les films créoles ne représentent rien en parts de marché, le réalisme magique de ces peuples des îles affleure dans tant de scénarios qu'il est permis d'espérer. Délaissant le cinéma cubain, qui est un monde à lui tout seul, écartant les films jamaïcains, de Perry Henzell à Ted Bafaloukos, sans omettre le regard occidental et respecteux d'Hélène Lee, citant juste le guyanais Serge Poyotte, nous citons ici une infime part de films antillais et haïtiens.

Parmi les aînés, en Martinique, Sarah Maldoror, dès 1976, suivie un peu plus tard d'Euzhan Palcy avec Rue Case-nègres (1983). Leur alter ego en Haïti, Arnold Antonin, est moins connu que Raoul Peck, figure de proue dans la famille haïtienne. Parmi les Haïtiens plus jeunes, Anne Lescot, avec Des hommes et des dieux, Rachèle Magloire, Michelange Quay ...

Aux Antilles, on guette aujourd'hui les films de Véronique Kanor, Marie-Claude Pernelle, Sylvaine Dampierre qui arpente Le pays à l'envers, Camille Mauduech, Gilles Elie Dit Cosaque et son magnifique Zetwal, Christian Grandman avec Têt grenné, Alain Agat et Christian Foret...

Tous nous parlent de déracinement et d'exil, mais tous ont des histoires à nous conter : la musique comme épicentre d'une culture, la métropole qui dicte sa loi économique, les fantômes qui hantent les nuits...

Crédits photographique : Bernard Gomez, Sylvaine Dampierre ("Le pays à l'envers")

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