Coup de coeur

Hommes de misaine


Il faut regarder la première minute d'Hommes de misaine pour comprendre : brassées de gamins plongeant dans le port, escouade de mioches en sabots, bérets crânement enfoncés et pikou-panez - taches de rousseur - plein le minois, mais une gravité profonde. Grapillons d'enfants campés sur un toit, le nez dans les étoiles, les poings dans les poches crevées. Ce sont les mousses, futurs marins-pêcheurs de sardines et c'est une autre époque, celle de la glorieuse sardine d'argent.

Tous ces clichés sont de Jacques de Thézac, connu davantage pour la mise en place des Abris du marin. Les photos noir et blanc, au grain sublime, retracent le quotidien de ces hommes et femmes entièrement tournés vers la sardine, sur les rivages du Finistère Sud. Pêche d'antan, qui évoluera avec l'âge industriel, l'évolution des « fritures » en usines modernes, l'apparition des bolincheurs, et la transformation de toute une communauté.

Le talent de Jean-Paul Mathelier est d'avoir su faire parler ces images muettes, et réuni un bel équipage : un montage riche de trouvailles dû à Julien Cadilhac, qui laisse le temps aux regards, aux ramendages, aux silences. Des silences déchirés par les riffs du guitariste Brendan de Roëck. Les mots pudiques de Jean-Paul Mathelier et Alain Le Goff, posés sur les images par la voix du comédien Alain Meneust.

Une page de notre histoire à regarder tranquillement.

Au fil du voyage


C'est un film d'une grande douceur et d'une belle créativité que nous propose Luc de Banville avec Au fil du voyage. Initié à Douarnenez en 2017, ce documentaire revient sur le parcours de Souleymane Baldé, parti de Guinée-Conakry pour atteindre Lille où il vit aujourd'hui. Comme des milliers d'autres, il traverse le Sahara, reste coincé au Maghreb, affronte une traversée de la Méditerranée difficile, se retrouve en prison en Espagne, puis passe les Pyrénées et gagne Lille.

Aidé d'une plasticienne lilloise, Capucine, il retrace en broderies son parcours en quatorze tableaux de broderies et dessins. Une pure merveille, qu'il commente avec lucidité.

Ces morceaux de poésie pure seront le ferment d'un stage de création d'animation pour adolescents, initié par Luc de Banville et Yvon Guillon. Les parenthèses colorées imaginées par les jeunes viennent aujourd'hui s'entrelacer avec les mots de Souleymane et ses tableaux brodés. Ou comment concilier beauté et récits nécessaires de notre temps.

Irrintzina, le cri de la génération climat


Irrintzina, c'est le cri ancestral des bergers basques, d'une vallée à l'autre. C'est aussi un magnifique film-réquisitoire, un film-espoir, Irrintzina, le cri de la génération climat. Un film qui vous met debout ! Nous le devons à Sandra Blondel et Pascal Hennequin, de la généreuse maison de production Fokus21 et à toute une équipe de cadreurs, régisseurs, donateurs, et surtout militants du mouvement Alternatiba, né dans le pays basque. Vous avez peut-être en mémoire le tour de 5600 km à vélo, les faucheurs de chaises pour dénoncer les paradis fiscaux de BNP-Paribas, les manifestations lors de la COP 21... Derrière tous ces moments, il y a une détermination sans faille d'hommes et de femmes. Parmi eux, Txetx Etcheverry et ses tranquilles convictions, Jon Palais, mais aussi une foule de jeunes et moins jeunes, qui, dans les coulisses, font preuve d'un exceptionnel talent d'organisateurs, d'un sens du collectif à tout épreuve. Les réalisateurs, qui vont les suivre dans tous ce moments exceptionnels nous avouent tranquillement : pour la première fois, nous nous sommes sentis en transition, mais sereins, et formidablement vivants !

En cette période particulière, où tous les questionnements sur la santé de notre planète resurgissent avec acuité et gravité, prenez le temps de regarder Irrintzina et la plate-forme éponyme qui accompagne le film. Les bergers basques et nos enfants vous en seront reconnaissants.

Dreams before money


Pour faire suite au focus sur le film Mentawaï, le film réalisé par la soeur de Tahnee Juquin : Dreams before money, de Marie Juguin.
Un portrait tout en douceur et complicité, mais qui nous emmène très loin, à Siberut, dans la jungle indonésienne. Un film qui n'a pas peur d'aborder aussi les questions de passions et argent, d'engagement et de jeunesse, d'exotisme et de sincérité... Ou l'anthropologie singulière. 

Mentawaï !


Coup de cœur pour un roman graphique, Mentawai, relié à une plate-forme audiovisuelle, Mentawai Storytellers, qui abrite de courts films réalisés par des hommes et des femmes Mentawai, une population autochtone d'Indonésie, que nous gagnerions tous à connaître un peu !

Notre projet pour une fois, n'est pas de vous entraîner sur BED, mais entre les pages de ce remarquable roman graphique, dû à la seule volonté et au talent de Tahnee Juguin, initiatrice du projet, et de son complice dessinateur Jean-Denis Pendaux. Un album intitulé Mentawai, aux éditions Futuropolis. Il raconte tout le parcours de cette jeune femme partie déjà une dizaine de fois au cœur de la jungle indonésienne, au sein de cette communauté isolée. Des hommes et des femmes soucieux de transmettre leur culture traditionnelle, qui utilisent avec bon sens, semble-t-il, les apports du tourisme. Tahnee évoque avec lucidité l'enjeu que représente l'appropriation de la caméra – et du montage ! - pour ces autochtones.

Le site apporte plein de détails sur le parcours de Tahnee Juguin et sur les Mentawai , animistes, adeptes de cérémonies sikerei, nom aussi donné aux hommes-médecines, qui allient plantes médicinales et esprits reliés à la communauté.

Deux courts films y sont déjà en ligne, d'autres vont suivre, faites vos curieux !