Coup de coeur

Je reviendrai comme un enfant


Chez les Inuit, « être », c'est « se souvenir » de ceux et de celles qui ont été avant soi.

Voilà en substance le propos de Je reviendrai comme un enfant, un documentaire de Christian Merlhiot, tourné à Igloolik en 2013, désormais en intégralité sur Bed.

En diffusant à la radio locale de la ville l'enregistrement de la voix d'une vieille dame sédentarisée dans les années 60, l'équipe recueille les témoignages d'habitants qui évoquent sa mémoire, la leur, celle de la communauté. Le réalisateur explique : « Ce qui est énoncé dans le film de révèle pas la singularité d'un peuple et d'une culture mais le bien commun dont chacun dispose pour se construire et se situer dans le monde. »

Je reviendrai comme un enfant, un beau film riche d'enseignements. Et l'occasion de revoir les films incontournables de Zakarias Kunuk, premier réalisateur Inuit qui dit de ses acteurs non professionnels qu'ils "performent" leurs ancêtres. En intégralité sur Bed : Atanarjuat, premier scénario écrit et réalisé en inuktitut, Angirattut, et The journals of Knud Rasmussen.

La géopolitique du bouledogue


Sur Bed, parmi les quelques 700 films documentaires se cachent quelques petits courts-métrages d'animation. Courts, mais denses, intenses. C'est le cas de Britannia, de Joanna Quinn.

Un bouledogue trépignant sur son île, salivant sur le monde entier, effrayant les habitants des autres continents et pillant, entre ses griffes, les ressources nécessaires au tea-time so british .. Voilà en substance ce que racontent les images crayonnées de Joanna Quinn, transformant une planète en théière et ainsi de suite ... l'appétit de l'Empire Britannique semble n'avoir pas de limites. Le chien est féroce, et la fin, dont on ne vous dira rien, l'est tout autant ! Un petit film mordant.

Les petites planètes de Vincent Moon


La musique. Encore et toujours. Ici et ailleurs. Loin, le plus souvent. C'est ce qui anime Vincent Moon, réalisateur insatiable, collectionneur amoureux des musiques du monde. Un projet gigantesque, qui le mène aux quatre coins de la planète, et notamment là, dans ce petit coin de la planète en miettes, le Caucase. Parmi ces 600 films, Kona, sur le paganisme en Ossétie du nord, et d'autres courts instants d'émotions à voir et revoir sur Bed.

Chaque fois, une pépite, une émotion unique. En filigrane, spiritualité ou révolte, espoir ou mémoire, chaque fois quelques notes du monde et de l'humanité. Du soufisme en Tchéchénie avec Le grand Jihad à l'émotion pure d'un pianiste arménien (Arménie, par la grâce de Dieu), en passant par Polikarpé, les souvenirs d'un chanteur géorgien et les musiciens d'Azerbaïjan, l'école du vent, mais aussi, parce que celui là est un voyageur infatigable, en faisant un détour par le souffle d'un sculpteur de rêves aborigène, on ressort envoûté des films de Vincent Moon, bercé par la douceur des voix, des sons et des images …

Retrouvez un article d'Erwan Larzul, critique musical, sur ce réalisateur hors pair, pour mieux découvrir son projet et son univers.

Circulez !


A l'heure où la liberté de circulation devient un privilège, retour sur la situation méconnue des Gens du Voyage en France. L'occasion de découvrir Liberté Egalité Fraternité de Caroline Parietti, un film tendre et acerbe, un jeu de rôle où Sonia, membre de cette grande tribu des Gens du Voyage, armée d'un rouleau de scotch et d'une paire de ciseaux, établit le carnet de circulation de la réalisatrice. A son aise dans le rôle de la préfète, elle fait endosser à son fils le rôle du policier et revient sur une humiliation de plus subie par la communauté des Gens du Voyage, tout en s'appliquant à recopier la devise nationale …

C'est via le Cinéma Solaire que nous avons découvert Caroline Parietti et son film. Avec Sonia, elle en a réalisé d'autres, sur la mémoire enfouie d'un camp de rétention des gens du voyage durant la seconde guerre mondiale, J'ai l'honneur de et sa suite, Les échos.

Trilogie des Balkans


Une nouvelle comme on les aime :

Aux éditions Arte vient de paraître un coffret DVD rassemblant trois documentaires de Chris Marker tournés dans les Balkans dans les années 1990. Une région dont vous pouvez retrouver les films ici, et un réalisateur important pour voir le monde autrement.

On y retrouve Le 20 heures dans les camps, tourné en 1993 dans un camp de réfugiés bosniaques en Slovénie, Casque Bleu, où l'on suit un jeune soldat français dans la Bosnie de 1995, et Un maire au Kosovo, ou l'histoire d'un chirurgien devenu ministre ...

Pour en savoir plus, un article dans le Monde écrit par (que le Monde est petit) notre spécialiste du peuple papou, Philippe Pataud Célérier !

La Trilogie des Balkans, DVD + livret, Arte Éditions, 2016, 120 minutes, 25 euros.