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Le monde kanak en deuil


Nous avons appris ce lundi 11 octobre la mort de Alban Bensa, anthropologue, dont nous apprécions grandement le travail sur les Kanak, et au-delà le regard sur l'altérité et l'exotisme.

Nous l'avions sollicité pour le volet Kanak de Bretagne-et-Diversité.

 

Quelques extraits de l'article de Chloé Leprince, de France Culture.

 

« Politiquement, découvrir les logiques coloniales (Bensa dira “apartheid”) rapprochera le chercheur de ses enquêtés, et une intense amitié le liera par exemple jusqu’à la mort à Jean-Marie Tjiabaou - et bien d’autres encore. Intellectuellement, il rompra avec l’ethnologie telle qu’elle se pratiquait majoritairement en France, sous l’égide de Claude Lévi-Strauss, dénoncera la tendance à l’exotisme et un goût de l’ailleurs pittoresque tellement suspect. »

 

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« Lui-même pourtant avait été traversé par ce goût de l’ailleurs, qui l’avait cueilli, jeune adulte grandi à Paris mais familier des côtes bretonnes. Là-bas, il aurait bien cru devenir pêcheur si l’affaire tournait mal et c’est en apprenant à mouliner et tandis qu’il écoutait parler breton, qu’il avait compris qu’il ferait de cette curiosité un métier. Il ignorait probablement alors qu’il bousculerait les façons de le faire, dénonçant la naïveté des anthropologues en quête du sauvage éternel, et le surplomb du chercheur. Pourfendant, surtout, la fixité des tableaux que pouvaient rapporter ces guetteurs d’exotisme là où lui entendra montrer des histoires en mouvement, et des sociétés travaillées par l’histoire comme le rocher par la pluie - jusque dans le temps d’aujourd’hui. »

 

(…)

 

« En 2015, avec deux autres auteurs (Adrian Muckle et Kacué Yvon Goromoedo), Alban Bensa faisait paraître un magnifique recueil chez Anacharsis, la mainson d'édition où il avait la responsabilité des livres d'anthropologie, et où il co-dirigeait une collection, "Les Ethnographiques" : ce sera Le Sanglot de l’aigle pêcheur. Un magnifique recueil de 700 pages, compilant (avec un formidable appareil critique) des récits et de la poésies sur la guerre kanak de 1917. Cette année-là, les tribus kanaks s'étaient soulevées contre l'administration coloniale française.

C’est peut-être d’abord ceci qu’il faut aller trouver aujourd’hui si vous voulez découvrir le travail d’Alban Bensa. Pour son regard sur le temps long qui court sur une mémoire kanak depuis un siècle. Mais aussi pour la voix de ceux dont il nous a rapporté les mots et les façons de dire, au long cours, la violence, le sort colonial, et aussi des manières de vivre, toujours en mue, toujours vivantes. Peut-on y voir un mémorial de papier alors que Jean-Marie Tjibaou disait “Notre identité est devant nous” ? Ce livre, et la bande son qui l’accompagnait, demeurent en tous cas à la fois un formidable témoignage de l’œuvre d’un chercheur au plus près de son terrain, et une trace sans pareille de la souveraineté intellectuelle du peuple kanak. »

 

A découvrir en images

Les sanglots de l'aigle pêcheur, partie 1 – Editions Anarchasis

 

Des saints guérisseurs du Perche aux Kanak de Nouvelle-Calédonie

 

 

Journées européennes du patrimoine


Comme chaque année, la rentrée culturelle est marquée par les Journées européennes du patrimoine. Alors que cette 38ème édition célèbre le patrimoine pour tous, la Cinémathèque de Bretagne propose une programmation riche et diversifiée du Finistère à l'Ille-et-Vilaine en passant par la Loire-Atlantique. L'ensemble de ces propositions est gratuite et ouverte à tou.te.s.
 
Compte-tenu de la situation sanitaire, les modalités d'accueil du public sont susceptibles d'évoluer. Restez attentif.ve.s aux mises à jour sur le site internet de la Cinémathèque de Bretagne (www.cinematheque-bretagne.bzh).
 

Quelques-uns des films proposés :


À BREST (29)
 
DERRIÈRE LA CAMÉRA - Visites guidées - 2 avenue Clemenceau
L'équipe de la Cinémathèque de Bretagne vous accueille et vous fait découvrir les coulisses des archives audiovisuelles. Collecte, conservation, valorisation, autant d'étapes indispensables à la préservation du patrimoine.
INÉDIT : Pour cette édition 2021, et pour la première fois, la collection d'appareils cinématographiques conservés à la Cinémathèque de Bretagne sera accessible au public.
Samedi et dimanche à 11h, 14h30, 15h30, 16h30 et 17h30.
Réservation obligatoire au 02 98 43 53 55 ou amelie.grosjean@cinematheque-bretagne.bzh
 
SILENCE, ÇA TOURNE - Projection - Espace Vauban, 17 avenue Clemenceau
A l'heure du numérique, où a donc disparu le son du projecteur dans les salles de cinéma ? La Cinémathèque de Bretagne propose de se replonger dans l'ambiance d'une projection en 9,5 mm.
Samedi à 18h30
 
BELLEVUE SUR IMAGES - Projection - Salle Outremer, Centre social de Bellevue, 1 rue Pierre Trépos
Alors que le quartier de Kerbernier s'engage dans une période de réaménagement urbain, les images d'archives permettent de se souvenir, de témoigner, de partager et de se projeter vers l'avenir. Le centre social de Bellevue et la Cinémathèque de Bretagne proposent une programmation créée avec les habitant·es.
Dimanche à 15h - Réservation obligatoire au 02 98 03 08 69.

Du Tarn à la Nouvelle-Calédonie


Deux festivals de documentaires que nous aimons, chacun à un bout du planisphère et dans des ambiances si différentes. Mais tous deux inventifs, rigoureux, et tellement citoyens !

Ce sont Echos d'ici Echos d'ailleurs à Labastide Rouairoux dans le Tarn, une manifestation fidèle au grand documentariste Christophe de Ponfilly, et Ânûû-rû-Âboro à Poindimié en Nouvelle Calédonie. Un nom qui signifie l'ombre de l'homme en langue kanak paicî.

 

Le premier, Echos d'ici Echos d'ailleurs, va fêter sa 14 ème édition, les 8, 9 et 10 octobres prochains. Il s'est recentré sur une question essentielle : c'est quoi ce travail ? Un hommage particulier y est rendu au réalisateur Gérard Mordillat, qui n'a cessé d'explorer cette question.

Parmi tous ses films, on reverra avec plaisir Mélancolie ouvrière, de 2018. Autres titres qui nous appâtent : En attendant le carnaval de Marcelo Gomes, tourné dans le village de Toritama dans le Nordeste brésilien, un endroit étouffé par une industrie du jean florissante, et où les habitants ne peuvent échapper à l'oppressant capitalisme que la semaine du Carnaval, espace de transgression qui les sauve … Une autre film que l'on aimerait voir : Massoud et la délégation de l'espoir de Christophe de Ponfilly, réalisé en 2002 : l'histoire d'une délégation parlementaire qui part rencontrer Massoud en Afghanistan, afin de préparer sa venue en France en 2001. Il venait notamment alerter l'Europe sur la montée des talibans dans son pays. Quelques mois plus tard, il était assassiné, le 9 septembre 2001, deux jours avant les attentats des Twin Towers... Un film qui dit la solidarité du Festival Echos d'ici Echos d'ailleurs avec le peuple afghan et sa fidélité à Christophe de Ponfilly, parrain de cette manifestation depuis la première année, et dont nous avions fait le portrait pour BED.

 

Enfin, à des milles marins de là, à Poindimié et dans les communes des trois Provinces de Nouvelle-Calédonie, le Festival Ânûû-rû-Âboro réusssit l'exploit de réunir 35 films des 5 continents et de 23 pays différents. Sa ligne de programmation est restée la même depuis le début : soutenir et réaliser des films documentaires qui ne sont pas seulement des témoignages plus ou moins bien « habillés » qui documentent le réel, mais qui se veulent des œuvres cinématographiques dotées de leur propre langage. Ce-faisant, les organisateurs ne perdent pas leur objectif premier de proposer à la population calédonienne une ouverture sur le monde, via des films documentaires exigeants et variés. De décloisonner l’accès au cinéma documentaire sur le territoire, y compris dans les zones les plus reculées, où il est normalement inaccessible. Echanges et rencontres, un bien commun précieux en ces temps de fractures...

Films à retrouver sur le site du Festival

 

La Grèce vient s'arrimer à Douarnenez


Depuis bientôt 43 ans le Festival de Cinéma de Douarnenez réitère la même question : comment habiter la terre ? Pour ne pas se contenter de réponses théoriques et désincarnées, il invite des habitant·e·s d’ailleurs à témoigner de leur relation à leur environnement naturel, culturel, sensible. Et ce notamment à travers leur cinéma. Toute la programmation est à retrouver sur le site du Festival.

 

 

En 2021, du 21 au 28 août, le Festival accueillera le cinéma grec dans toute sa diversité.

Un cinéma qui aborde l’histoire récente et tourmentée de la Grèce, les voix minoritaires, les difficultés engendrées par la crise, le sort réservé aux réfugiés.

 

Quelques films pour donner l'eau ( l'ouzo?) à la bouche : Adults in the room, Z, de Costa-Gavras ; Stella femme libre, La fille en noir de Michael Cacoyannis ; La photo, Les pâtres du désordre de Nico Papatakis ; Aube dorée l'affaire de tous de Angelique Kourounis ; Quand les tomates rencontrent Wagner de Marianna Economou ; L'héritage de la chouette de Chris Marker ; Le voyage des comédiens de Theo Angelopoulos. Plus proches de nous, Moria au-delà de l'enfer de Mortaza Behboudi et Laurence Monroe ou Combat au bout de la nuit de Sylvain L'espérance.

C'est sans compter toutes les pépites de films des autres volets : un panorama de la production cinématographique bretonne à travers le Grand cru Bretagne. Des nouvelles des invité·e·s des éditions précédentes via la section Grande Tribu, le Monde des Sourd·e·s, le Jeune Public, Questions de Genres…

 

 

Pratique

Toute la programmation est à retrouver sur le site du Festival. La vente des billets se fera en ligne à partir du 16 août ou à la billetterie sur la place du Festival à partir du samedi 21 août (12h-22h) et les jours suivants (10h-22h). Pass sanitaire est exigé. Inauguration le samedi 21 août sur la nouvelle Place du Festival , parking du centre.

 

Domestiques au Liban : un film et un site pour aller plus loin...


Bretagne et Diversité a fait le portrait du réalisateur libanais Maher Abi Samra, dont nous aimons les films parce qu'ils nous donnent à voir le Liban sous des angles différents de la presse habituelle :  Rond-point Chatila, sur le quotidien de ce camp de réfugiés palestiniens.  Le terrible Juste une odeur tourné à l'été meurtrier de 2006, Femmes du Hezbollah pour ne pas voir ce parti sous le seul angle manichéen....  Maher fait preuve d'encore plus de ténacité et lucidité en mettant en ligne un site,  Makhdoum, qui regroupe toutes les recherches, récits et analyses qui ont précédé la réalisation de son dernier film, Chacun sa bonne, sur le problème des domestiques au Liban.

Si ce sujet peut nous sembler anecdotique, il est en en fait crucial au Liban . Ces sont plus de 250 000 employées d'origine africaine ou asiatique qui servent quatre millions de Libanais. Une effarante proportion, et surtout des règlements d'un autre temps, puisque régis par une loi coloniale et raciste, importée des états du Golfe et datant de l'occupation britannique.  Ce système Kafala met les domestiques à la merci totale de leurs employeurs, les prive de leurs papiers et identités, et construit une société basée sur la suprématie des "blancs " sur la race servile des "noirs". Fondement, donc, d'une société de domination, de discrimination, que chacun feint d'ignorer, d'invisibiliser, alors que cette question est omni-présente et au cœur de l'intimité des familles.

Le mérite de Maher Abi Samra est de nous confier le point de vue des employeurs, des Libanais, et non des victimes. De multiples interviews, récits nous aident à comprendre comment se font les embauches, les espaces qui sont réservés aux domestiques, les évolutions des lois, les pratiques changeant au fil des décennies, et enfin les terribles réalités d'aujourd'hui, aggravées encore avec le confinement. Entre esclavage et exploitation, maltraitances et non-dits, c'est toute la société libanaise que Maher nous incite à aller regarder droit dans les yeux. Le site, Makhdoum, en anglais et en arabe, est passionnant.